Au fur et à mesure que l’ascension progressait, la forêt se faisait de plus en plus clairsemée. Puis, nous étions arrivés dans une zone avec une grande quantité d’arbres morts et beaucoup de petits lagons. Le guide nous a expliqué que les castors travaillent énormément dans cette partie de la vallée. Celle-ci pourrait être inondée d’ici une dizaine d’années si rien n’était fait. Aujourd’hui déjà, de nombreux itinéraires de trekking sont impraticables car sous l'eau.
Construisant paisiblement leurs petits barrages, les castors dévient les cours des rivières, créent des lacs là où il n’y en avait pas, tuent les arbres et augmentent l’érosion des sols. De plus, ayant été importés par l’homme, ils n’ont pas d’ennemis naturels dans cette région. C’est pourquoi, une fois par année, les guides font exploser certains barrages. Et lorsque les castors arrivent pour réparer les dégâts et boucher les trous, ils finissent en chapeaux ou en décoration murale dans les maisons des guides…
Nous quittons les castors et continuons notre chemin. Les pentes se font de plus en plus raides et nous remontons lentement par un ruisseau asséché. La nature est magnifique, mais nous n’avons pas trop le temps de la contempler, car un mauvais pas peut être synonyme d’éboulement de rochers ou d’un petit vol plané sans parachute. Lorsque nous arrivons tout en haut de la pente, nous comprenons pourquoi le ruisseau était asséché. Tout est encore pris dans les glaces. La progression dans la neige se fait plus lente et plus pénible, surtout avec les 20kg de matériel sur le dos. En début d’après-midi nous arrivons à l’endroit où nous allons bâtir notre camp de base. C’est vers 900 mètres d’altitude seulement, mais la couche de neige oscille entre 50 centimètres et deux mètres…
L’après midi aura été consacrée à l’entraînement. Durant l’ascension il sera nécessaire d’avoir les bons réflexes au bon moment. Le guide nous fait donc marcher encordés et nous pousse tour à tour par surprise dans le vide. Les deux personnes encore debout doivent alors rapidement s’accrocher avec les piolets dans la glace pour rattraper et sauver la troisième. C’était une expérience assez impressionnante. Tellement impressionnante que mon ami Jérôme avait planté le piolet dans la tête du guide au moment où celui-ci l’avait poussé, terminant ainsi précipitamment notre entraînement.
La nuit tombée, le guide nous fait un rizotto aux champignons et nous allons nous coucher sous la neige qui descend du ciel à gros flocons. Le lendemain, il faudra se lever tôt pour conquérir le sommet du Cerro Alvear…
Photo : Notre camp de base pour l’ascension du Cerro Alvear (Ushuaïa) - © Pavel Fosenbauer