On se réveille momifié dans son sac de couchage. Le nez et le front qui dépassent sont tout gelés. Durant la nuit, la température a du descendre largement en dessous du zéro. Durant quelques secondes je me demande ce que je fais là. C’est l’été et moi je vais dormir sur un glacier…
Les parois de la tente sont recouvertes d’une fine couche de glace, due à notre respiration. Je sors peu à peu les vêtements de mon sac de couchage que j’avais placé là le soir, au moment de me coucher, pour qu’ils sèchent au contact de ma chaleur corporelle et pour éviter de mettre des habits gelés le matin. Mes chaussures, que j’ai laissées à côté de moi dans la tente, sont glacées et je le sens malgré mes doubles chaussettes « spécial trekking ». Nous prenons le petit déjeuner, puis chacun prépare son sac pour l’ascension finale.
Contrairement à mes deux compagnons, je n’ai pas le vertige et me délecte en observant les paysages majestueux. Nous marchons dans la neige, traversons une paroi rocheuse, grimpons sur un mur de glace et, enfin, nous apercevons le sommet. Il se cache derrière un chapeau en brume. Une heure et demi plus tard nous y sommes ! Joie, bonheur, fatigue, mais surtout tellement de bonheur…
Après un bref ravitaillement et une petite séance de photos, nous commençons déjà notre descente. C’est là que les réflexes avec le piolet s’avèreront essentiels, puisque l’un de mes compagnons aura trébuché à quelques mètres seulement du mur de glace. L’adrénaline est à son maximum, les muscles sont chauds et nous descendons lentement vers le campement. Le temps commençant à se couvrir sérieusement, nous remballons très vite toutes nos affaires et entamons la descente finale.
Sur le chemin, dans la vallée, nous apercevrons même quelques castors en plein travail. Trop loin, je n’arrive pas à les photographier. Mais leurs barrages sont impressionnants ! Larges de plus d’un mètre, leurs parois en branches et boue sont dures comme du béton. Elles supportent facilement le poids de quatre hommes. Chaque barrage a en outre plusieurs sorties de secours, qui rejoignent d’autres barrages et se ravitaillent mutuellement en eau…
De retour à l’hostel, la douche bouillante sera notre plus belle récompense et nous ressourcera pour de nouvelles aventures…
Photo : Un petit barrage construit par les castors dans la Valle de Tierra Mayor (Ushuaïa) - © Pavel Fosenbauer