Lorsque j’étais allé acheter mon billet Buenos Aires - Córdoba - Buenos Aires trois semaines plus tôt, j’avais eu la chance de prendre l’une des deux dernières places disponibles dans les bus. Sachant que j’ai demandé dans 7 ou 8 compagnies différentes, faisant le trajet entre 4 et 8 fois par jour, je commençais déjà à réaliser que le jour « J » serait chargé en direction des départs.
Mon bus pour Córdoba devait partir de la gare routière de Retiro à 22h40. Etant très « suisse » et ayant peur d’arriver en retard, je suis parti un peu en avance de chez moi. Le métro était plein à craquer, mais, à mon plus grant étonnement, je suis arrivé assez rapidement à destination. A 21h30 j’étais déjà sur la plateforme des départs. Sur place, la situation était incroyable. Il y avait des gens partout, mais vraiment partout, pressés les uns sur les autres. Toutes les compagnies de bus avaient plusieurs heures de retard, toutes destinations confondues. J’étais parmi les chanceux, car mon bus était arrivé à 1h40 du matin déjà, avec seulement 3 heures de retard…
…au même moment une famille attendait toujours son bus de 19h20 pour Mendoza. Nous étions tellement serrés sur le quai qu’il était impossible de changer de pied d’appui ou de se tourner. Sur chacun des 100 emplacements de départ les bus se succédaient à une cadence folle, sans pour autant réussir à désengorger la gare de cette marrée humaine.
A chaque départ de bus qui avait moins d’une heure de retard, les gens hurlaient, applaudissaient et chantaient. Le chaos était assez invraisemblable. Les compagnies n’avaient aucune idée du lieu où se trouvaient leurs bus avant que ceux-ci ne soient annoncés à la plateforme de départ. Plusieurs personnes ont ainsi loupés leur bus, n’ayant pas réussies à traverser d’un bout à l’autre du quai avant le départ de leur « coche ».
Je n’ai malheureusement pas de photos de la gare à ce moment là, car il m’était impossible de me baisser pour prendre l’appareil photo dans mon sac à dos. Pour vous donner une idée de la situation, sachez que les journaux du lendemain ont parlé du départ pour le week-end prolongé de plus de 3 millions de personnes.
A titre d’illustration, imaginez que toute la population des plus grandes agglomérations de Suisse (*) aille prendre son bus dans une et unique gare routière, à quelques heures d’intervalle.
Je crois que celui qui ne l’a pas vécu ne pourra jamais s’imaginer comment c’est. Pourtant, durant mon voyage à travers le pays j’en avais vu des plateformes de départ remplies de monde et des bus bondés à craquer, mais je n’avais jamais vu autant de monde réuni dans un espace si étroit, serrés jusqu’à n’en plus pouvoir respirer.
Heureusement, les souffrances de l’attente seront vite atténuées par le dîner chaud servi à bord du bus et par le petit verre de cognac pour accompagner le dessert. Nous arriverons à Córdoba vers 10h45. Le trajet dans le bus m’aura permis de rencontrer une sympathique jeune fille au nom évocateur pour les suisses. Elle s’appelait « Zurbriggen » et son grand-père venait de Suisse-centrale…
(*) : une agglomération est une unité urbaine s'étendant sur plusieurs communes.
Les sept plus grandes agglomérations suisses réunissent un total de 3'079'500 habitants. A elle seule, Buenos Aires en a 13,350,000...
Zurich : 1'101'700 habitants
Genève : 493'400 habitants
Bâle : 486'100 habitants
Berne : 343'800 habitants
Lausanne : 310'000 habitants
Lucerne : 199'200 habitants
St Gallen : 145'300 habitants
Source : Office Fédéral de la Statistique
Photo : Cathédrale de Córdoba, Córdoba, (Provincia de Córdoba) - © Pavel Fosenbauer
Note : la photo est prise sans trépied ; j’avais posé mon appareil par terre, ce qui explique le cadrage approximatif...