J’ai passé beaucoup de temps ces derniers jours à feuilleter les magazines d’aménagement intérieur et à consulter les catalogues des grands magasins de meubles. Je me suis rapidement rendu compte de deux choses : 1) les beaux meubles sont (très) chers et 2) tous les magasins ont plus ou moins le même assortiment.
Heureusement, de temps à autre, une petite lueur d’humour vient éclairer ce monde fadasse du bois contre plaqué.
L’autre jour, alors que je faisais les yeux doux aux sommiers à double latte, une jeune demoiselle est venue me proposer son aide. Elle m’a assuré ne pas être une vendeuse, mais une « conseillère » en matière de sommiers et de matelas. Après une demi-heure d’explications et beaucoup de scepticisme de ma part, elle me demande de me coucher sur l'un des matelas. Je n’en ai pas très envie (même si elle est tout à fait charmante

), surtout qu’elle vient de m’annoncer qu’on perd 100 litres d’eau par année (*) dans un matelas et que celui-ci donne l’impression d’avoir déjà bien vécu.
Le "premier prix" est vraiment horrible. Il est dur comme du béton et très inconfortable. Le second matelas est un peu mieux, mais le troisième est déjà franchement confort. La position « couché sur le dos » est vraiment très agréable sur le quatrième matelas, car celui-ci "s'adapte à la forme du corps". Au-delà du quatrième, je ne vois plus vraiment d’améliorations de qualité en fonction de la hausse du prix. C’est alors que je lui annonçais que j’avais les mêmes sensations sur son matelas préféré (à 1380 Francs) que sur celui qui en coûtait moins de 600, qu’elle a décidé de passer à la vitesse supérieure, en me démontrant elle-même comme on dort bien sur un matelas « de qualité ». Sur le dos, sur le côté, sur le ventre, avec un bras sous la tête ou encore avec les pieds surélevés, toutes les positions y sont passées, avec à chaque fois « un confort optimum pour toutes les parties du corps ». Durant tout ce temps, la demoiselle n’arrêtait pas d’essayer de me convaincre que je dormais très mal sur mon matelas actuel.
Au final, je me fis sauver par un Monsieur anglais nécessitant acheter « d’urgence » un lit deux places. J’imagine qu’il a du repartir plus léger de quelques milliers de Francs, mais avec un matelas en latex, mousse et poil d’Alpaca sur plusieurs niveaux, agrémentés de ressorts pour repartir parfaitement le poids du corps et d’un sommier réglable au moyen de la petite télécommande « très pratique ».
Ce qui est sûr, c'est qu'il est difficile d’expliquer à une « conseillère en sommiers et matelas » qu’on a de la facilité à dormir (les gens comme moi sont la ruine de leur métier). Pourtant, je m'endors aussi bien sur le glacier à Ushuaia, par -15°C avec mes chaussures dans le sac de couchage pour éviter leur gel, que sur les pupitres de l’université, pendant certains cours (me réveillant généralement avec les feuilles de notes collées sur les joues et le polycopié imprimé sur le front), contre les vitres des bus en Argentine, qu'entre deux matelas durant une fameuse St Sylvestre à Evolène ou encore la tête coincée sous une table basse, à 15 dans un petit studio, lors de ma première StreetParade à Zurich.
En tout cas, l’achat des meubles pour mon futur appartement laisse présager quelques moments de fun. Il me faut encore aller voir les canapés (vous verrez, ce sofa équipé d'une pochette à télécommande vous optimisera le plaisir durant votre série télé préférée), les armoires (très facile à monter, je vous assure ; mon beau frère à la même), la cuisinière (même Martina Hingis, Jean-Pierre Coffe et Maïté utilisent ce modèle particulièrement performant ; il cuit un poulet vivant en 25 minutes) et le frigo (ce compartiment a été spécialement conçu pour les canettes de bière de la marque Pilsner Urquell ; le froid enveloppe entièrement la canette pour un plaisir gustatif accru et ne manquera pas d’impressionner vos invités).
Humeur : hemma väldoftande hemma (**)
Photo : « Le sommeil lourd », Buenos Aires, Argentine - © Pavel Fosenbauer
(*) : si l’on fait le calcul, on se rend compte qu’il faudrait suer près de 0.3 litre chaque nuit pour arriver aux 100 litres par année annoncés par la jeune conseillère, ce qui me semble beaucoup. Néanmoins, la demoiselle était sure de ses chiffres, obtenus scientifiquement, selon elle.
(**) : traduction libre -par la magie d'internet- de "home sweet home" en suédois